Analyse des qualités physiques au Rugby

Le rugby est un sport d’opposition en équipe, où l’objectif est de progresser vers l’en-but adverse en se déplaçant et en se passant la balle avec les mains ou les pieds. La passe ne doit jamais s’effectuer vers l’avant. L’opposition est technico-tactique mais également physique.

Le rugby se pratique sur un terrain avec une limite de temps. Le terrain est gazonné, d’une largeur de 70 mètres et d’une longueur maximale de 144 mètres.

L’en-but est constitué de deux poteaux (appelés « pagelles » dans le jargon rugbystique), situés au centre de la ligne de but et séparés par une distance de 5,6 mètres. Une barre horizontale situé à 3 m au dessus du sol relie les poteaux et leur donne une forme de ‘H’. Le temps de jeu est fonction de l’âge et du niveau, mais lors des grandes compétitions, il est composé de deux mi-temps de 40 minutes.

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Schéma de la moitié d’un terrain de rugby

Le rugby est constitué d’un grand nombre de règles intangibles telles que celles concernant :

  • Le terrain et l’arbitrage
  • Le regroupement (plaquage, maul, et mêlée ouverte)
  • Le jeu au pied
  • Les actions de jeu (pénalité, coup franc, touche, alignement)
  • Le déroulement du jeu et le marquage des points :

Piliers (1 et 3)Il y a en effet une multitude de règles concernant l’espace de jeu (l’en-but, les 22 mètres et la ligne de hors-jeu), mais également une règle concernant les joueurs et leur rôle :

  • Talonneur (2)
  • Deuxième lignes (4 et 6)
  • Troisième ligne aile (6 et 7)
  • Troisième ligne centre (8)
  • Demi de mêlée (9)
  • Demi d’ouverture (10)
  • Centre (12 et 13)
  • Ailiers (11 et 14)
  • Arrières (15)

Les qualités physiques

Depuis prés d’une trentaine d’années le rugby a connu une évolution considérable au niveau de sa pratique, ce qui a contribué à augmenter le temps de jeu.

  • Les touches jouées rapidement augmentent le temps de jeu.
  • L’interdiction aux troisièmes lignes de partir de la mêlée ordonnée avant la sortie du ballon favorise l’attaque en première main et donc le jeu.
  • La possibilité de changer 7 joueurs ce qui permet de soutenir un rythme de jeu élevé pendant 80 minutes.
  • L’essaie à cinq points qui valorise le jeu par rapport aux pénalités.

Cette évolution du temps de jeu est également le fruit de la diminution des phases de conquête (Godemet, 1998) :

  • 30 à 40 mêlées dans les années 1980 et 16 à 20 en 1997
  • Environ 50 touches dans les années 1980 et 20 à 30 en 1997.

Nous pouvons noter également une diminution du nombre d’enchaînements qui passent de 108 dans les années 1980 à 62 actuellement, ainsi que l’augmentation du temps de jeu d’un enchaînement qui évolue d’une durée moyenne de 13 secondes à une durée de 35 secondes. Soit une diminution de prés de moitié du nombre d’enchaînements alors que sa durée a triplée (Girandi, 2002)

Plusieurs statiques récentes issues du haut niveau publiées par Austin, Gabbatt & Jenkins (2011), démontrent que le temps de jeu varie suivant le poste des joueurs:

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Alors que dans les années 1980 le temps de jeu effectif était en moyenne de 23 minutes.

Qualités physiques (énergétiques et musculaires) :

 La pratique du rugby demande des qualités d’endurance mais également des qualités de puissance et de coordination (souplesse et adresse).

La puissance est le rapport entre la vitesse optimale et la force optimale, car il s’agit de déplacer le plus rapidement possible une charge la plus lourde possible.


Au rugby on retrouve pour chacun des postes, l’ensemble de ces qualités physiques. Mais certains postes sollicitent plus particulièrement certaines qualités énergétiques.

Les qualités de conditions

Endurance :

On distingue selon Frey (1977) l’endurance psychique, désignant la capacité du sportif à résister le plus longtemps possible à un stimulus qui exigerait l’interruption de la charge, et l’endurance physique qui est la capacité de résistance de l’organisme dans son ensemble ou de ces différents systèmes (Weineck 2003).

Plus simplement, l’endurance est la capacité physique permettant à l’athlète de maintenir le plus longtemps possible un pourcentage élevé de sa puissance maximal aérobie (VO2 max).

Le système aérobie se définirait comme un socle, une forme de tronc commun à toutes les autres qualités que demande la pratique du rugby.

Car si un joueur veut être capable de répéter plusieurs fois des courses ou des actions explosives, son système aérobie devra être suffisamment développé pour maintenir un effort intense le plus longtemps mais également pour faciliter la récupération.

D’ailleurs on constate que le ratio du temps d’efforts par rapport au temps de récupération a augmenté (Austin et al., 2011) par rapport aux précédentes études de Deutsch et al. (2007) ou de Duthie et al.(2005).

Ce ratio est de :

  • 1 / 4 pour le 5 de devant
  • 1 / 4 pour les 3ème lignes
  • 1 / 5 pour le 10 et centres
  • 1 / 6 pour les ailiers et arrières

Les joueurs ont une durée d’activité à très haute intensité ou à très faible intensité, différente en fonction des lignes et des postes qu’ils occupent.

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On constate une diminution du temps de course de 4 %, une augmentation du temps d’accélération de 4 %, une augmentation du temps de sprint de 2 % par rapport au jeu des saisons 2001 et 2002 (Duthie et al., 2005).(s) Temps en secondes /% du temps d’efforts total

 

Puissance :

la pratique du rugby demande également des qualités de puissance. La puissance est le rapport entre la vitesse optimale et la force optimale, car il s’agit de déplacer le plus rapidement possible une charge la plus lourde possible.

La vitesse (capacité anaérobie alactique)

La vitesse est l’une des principales formes de sollicitation motrice; comme la mobilité, elle fait partie à la fois des capacités de la condition physique (endurance et force) et des capacités de coordination (Grosser 1991; Martin, Carl & Lehmertz, 1991; Weineck, 1992; Schnabel & Thieb, 1993).

En revanche pour certains, la vitesse est la capacité qui permet, sur la base de la mobilité des processus du système neuromusculaire et de la propriété que le muscle a de développer de la force, d’accomplir dans des conditions données des actions motrices en un temps minimal (Frey 1977).

Pour ma part, la vitesse est une qualité physique liée au facteur musculaire qui s’exprime de différentes façons (vélocité ou vivacité). Quelle que soit la manière dont elle s’exprime, elle représente une rapidité de déplacement lors d’un mouvement cyclique ou acyclique.

Le sprint est effectué au-delà de 90 % de la vitesse maximale. Au rugby la distance relative parcourue en sprint au court d’un match varie selon les postes (Austin et al., 2011).

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Le 5 de devant parcourt moins de distance en sprint que le 10 et les centres.Le 5 de devant et les ailiers et arrières parcourent significativement moins de distance en accélération que les troisièmes lignes.

Dans cette même étude il est montré que la longueur et le nombre de sprints varient également suivant les postes.

Moyenne du nombre de sprints effectués par poste:

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Synthèse des différentes statistiques:

Pour les sprints de moins de 5 mètres, les ailiers et arrières en font significativement moins que les autres postes. Par contre ils effectuent plus de sprints de 40 mètres et plus que les premières lignes et les troisièmes lignes.

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PROFILS DES POSTES:

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La force
 

Les premiers travaux d’Isaac Newton (mathématicien, physicien) nous amènent à définir la force (ou mécanique du mouvement) comme une action mécanique capable de provoquer une accélération, consistant à produite de la vitesse de déplacement ou de déformation sur un corps. Elle s’exprime en Newton et est représentée par un vecteur pour donner sa direction.

Cette approche mécanique de la force de déplacement est un élément déterminant dans la pratique du rugby car nous savons que lorsque deux corps s’opposent, celui qui produit le plus de force repousse ou déforme l’autre.

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Ce paramètre se retrouve également lors des mêlées au cours desquelles le 5 de devant et la 3ème ligne sont les plus sollicités. En effet, les mêlées représentent 12 % et 11% de leur activité durant le match alors qu’elles ne représentent que 3 % pour les postes 12 et 13.

Concernant les méthodes de développement de la force, il nous faut attendre les travaux de Zatsiorski en 1996 pour définir la force maximale qui s’exprime par le 1RM comme donnée fondamentale dans le développement de la force.

La force est une qualité physique liée au facteur musculaire. Selon Zatsiorski, le développement de la force prend deux axes importants :

  • Charge maximale
  • Charge non maximale (efforts répétés et efforts dynamiques)

Il y a plusieurs méthodes d’entraînements en musculation (Zatsiorski, 1996; Cometti, 1988):

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Les différentes méthodes de développement de la force ont vu l’apparition d’une grande variétés d’approches de la musculation conduisant à faire apparaître différents régimes de contraction musculaire :                                                                                                             Zatsiorski (1966)

  • Isométrique: les insertions musculaires ne se déplacent pas.

Les méthodes isométriques peuvent être utilisées jusqu’à la fatigue ou en statodynamique.

  • Anisométriques (concentrique, excentrique et pliométrique) :
  1. Excentrique : les insertions musculaires s’éloignent
  2. Concentrique : les insertions musculaires se rapprochent
  3. Pliométrique : c’est la combinaison d’un mouvement excentrique suivie d’un mouvement concentrique

Un exemple de la combinaison des deux régimes excentrique et concentrique consiste à freiner la descente d’une charge à 100 % ou au-delà, suivie de six répétitions à 50 %, 2 répétitions à 60 %, 1 répétition à 70 %, 2 répétitions à 60 % et 3 répétitions à 50 %, toutes enchaînées.

Les méthodes pliométriques jouent sur l’élasticité musculaire et tendineuse.

Cette méthode peut prendre deux orientations :

  1. Simple (foulées bondissantes, corde à sauter, bancs etc.)
  2. Intense (utilisation de plinthes d’une hauteur comprise entre 60 cm et 100 cm)
  • Electromyostimulation : elle consiste à faire travailler le muscle à l’aide d’une stimulation électrique

Cette méthode est très efficace pour améliorer la vitesse, la détente et la frappe de balle. Elle doit être utilisée avec prudence notamment lors des contre-mouvements Jump où l’on a constaté une diminution de l’élasticité musculaire.

Cette diminution peut être compensée par des exercices pliométriques.

  • Plateforme de vibration : elle consiste à utiliser des vibrations pour solliciter le réflexe d’étirement avec une activation de la proprioceptivité

Elle améliore la force, la détente et l’équilibre (Cometti, 1988).
Le travail de force est déterminant dans la pratique du rugby notamment dans tous les phases de combat, faites par de la lutte, des plaquages, des poussées, des accrochages et des chocs. Ce travail de force est également essentiel lors des phases de progression exercées par de la course, du sprint et du soutien.